À la mémoire de mon frère et de mon père
Christian, 28 ans. Louis, 56 ans.
25 ans.
Un double meurtre.
La faille se rouvre.
Écouter la première capsule
Première capsule
Il y a 25 ans, la faille s'est entrouverte.
Enregistrée en une prise, sans préparation. La première fois que j'en parle à voix haute. Écoute avant de lire la suite.
Le récit · 25e anniversaire, 20 août 2026
L'appel qui a tout rouvert.
Mon frère Christian et mon père Louis ont été assassinés. Pendant des années, je n'en ai pas parlé. Puis, un jour, sur Facebook, j'ai écrit ce qui s'était passé. C'était la première fois.
L'an dernier, ma mère m'a appelé : l'un des meurtriers sortait de prison, en libération conditionnelle, sans escorte. Les questions sont revenues, intactes. Pourquoi la justice ne m'avait-elle jamais tenu au courant ?
J'ai voulu en faire un projet. J'ai pris quelques jours pour essayer, et j'ai enregistré cinq capsules d'un seul jet. Celle que tu viens d'écouter est la première. Je me lançais dans le vide.
Je savais qu'il fallait faire mieux, mais préparer, ça voulait dire retourner le fer dans la plaie. J'ai arrêté.
Et puis, il y a quelques jours, j'ai réalisé que mon père a été tué à l'âge que j'ai maintenant. Cinquante-six ans.
Et un deuxième vertige, tout récent : mon fils, Samuel, a aujourd'hui l'âge que j'avais quand on les a tués. Je porte l'âge de mon père. Mon fils porte le mien d'alors. La faille ne sépare pas seulement un avant et un après. Elle traverse les générations.
Aujourd'hui, j'y reviens. Écrire me ramène à eux. C'est ma façon de garder leur mémoire vive.
Faut-il rencontrer celui qui a tué mon père et mon frère ?
C'est la question qui a tout déclenché. Derrière elle, un besoin : comprendre. Comprendre ce qui mène un homme à tuer. Ce qui reste après. Et ce qu'on fait de ce qu'il reste.
Ce projet est ce parcours. Un récit interactif, ouvert, qui croise mémoire, justice réparatrice, santé mentale et résilience. Des capsules. Des événements. La possibilité, pour ceux qui le veulent, d'avancer aux côtés du récit pendant qu'il se construit.
Mais la question n'est que la porte. Au fond, ce projet sert deux choses : garder leur mémoire vivante, et faire que cette faille serve à quelqu'un d'autre. La ligne de faille est plus grande que mon histoire. Ce sont tous ces moments qui font basculer une vie, et la façon d'en revenir. Si je peux, avec ça, accompagner d'autres personnes qui traversent un drame et rendre le monde un peu meilleur, alors le 20 août ne sera pas une fin. Ce sera le jour où la douleur a commencé à servir.
Michel Caron
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